2020

Vaginite ou vaginose?

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Grossesse
Vaginite ou vaginose?

Les infections vaginales sont fréquentes chez les femmes adultes, et plus particulièrement durant la grossesse et après l'accouchement. Souvent perçu comme tabou, le sujet mérite pourtant d'être abordé clairement, car ces informations peuvent être utiles à tout âge.

Des démangeaisons ou des brûlures à la vulve, accompagnées ou non de pertes vaginales inhabituelles, touchent de nombreuses femmes enceintes et nouvelles mères. Par pudeur, plusieurs hésitent encore à en parler, puisque ces symptômes concernent les parties intimes et une dimension liée à la sexualité.

Les infections vaginales fréquentes

On distingue deux infections vaginales très fréquentes chez les femmes enceintes et les nouvelles mères : la candidose vulvo-vaginale, appelée communément vaginite, et la vaginose bactérienne.

Selon les lignes directrices en santé, le dépistage de ces deux infections n'est pas pratiqué de routine durant le suivi de grossesse, contrairement au dépistage des infections transmissibles sexuellement. Lorsque la femme enceinte présente des symptômes évidents de vaginite ou de vaginose, une culture n'est pas nécessaire pour la traiter.

Il est utile d'apprendre à distinguer ces deux infections, notamment pour éviter de les confondre avec des sécrétions vaginales physiologiques normales, souvent plus abondantes durant la grossesse.

Pourquoi le risque d'infection vaginale augmente pendant la grossesse

À la base, les changements hormonaux de la grossesse entraînent une variation du pH vaginal. Le pH correspond au degré d'acidité ou d'alcalinité d'un milieu. En temps normal, le pH vaginal est plutôt acide, ce qui empêche les micro-organismes de s'y infiltrer et de s'y développer. Ce milieu acide constitue une protection physiologique naturelle qui maintient l'équilibre de l'écosystème vaginal.

Lors de certains changements hormonaux normaux — cycle menstruel, grossesse, période postnatale, infections et ménopause —, on observe une baisse significative de la flore de « lactobacilles » dans les voies génitales.

Les lactobacilles sont des probiotiques naturels, de bonnes bactéries qui habitent naturellement la muqueuse de la bouche, du tube digestif et de l'appareil génital féminin. Ils font office de défenses naturelles de l'organisme face aux contaminants venus de l'extérieur. Lorsque le pH vaginal se déséquilibre et devient plus sucré qu'acide, en raison de la présence de glycogène (un sucre), la femme devient plus sujette aux infections vaginales comme la vaginite ou la vaginose, parfois à répétition.

Le bébé peut-il être contaminé durant la grossesse?

On sait aujourd'hui que le placenta, le liquide amniotique et le méconium ne sont pas stériles dans l'utérus. Le bébé est mis en contact avec quelques bactéries dès la vie intra-utérine : elles proviennent du placenta, mais aussi du liquide amniotique qu'il avale durant la gestation. Ces bactéries se retrouvent ensuite dans son intestin, dans son méconium, puis dans ses selles.

À ce jour, il n'existe pas d'évidence d'une contamination possible du bébé lors d'une vaginite ou d'une vaginose durant la grossesse. On sait toutefois que plus la femme possède un microbiote intestinal et uro-génital sain, plus son bébé en profite à son tour. En présence d'une vaginite ou d'une vaginose, dès que la poche amniotique est rompue, le bébé peut entrer en contact direct avec les levures ou les bactéries présentes dans le vagin de sa mère. Au besoin, il sera traité s'il développe plus tard du muguet (avec un antifongique) ou une infection bactérienne (avec un antibiotique).

La vaginite (candidose vulvo-vaginale)

La vaginite touche un grand nombre de femmes à un moment ou un autre de leur vie. Elle correspond à une infection vaginale causée par une contamination à base de levures ou de champignons. Dans 80 à 92 % des cas, la vaginite est liée au champignon Candida albicans, bien présent dans notre environnement.

Quelques données de la Société des obstétriciens et gynécologues du Canada (SOGC)

  • 75 % des femmes en général sont touchées au moins une fois dans leur vie par une vaginite, et 5 à 10 % d'entre elles en présenteront plus d'une fois;
  • Les femmes dans la mi-vingtaine sont les plus touchées;
  • On parle de vaginite récurrente lorsqu'elle se présente au moins 3 fois par an;
  • 25 % des femmes enceintes seront porteuses de levures durant leur grossesse, de façon chronique, sans le savoir et sans aucun symptôme.

Ce qui prédispose à la vaginite

Les facteurs les plus concluants

  • Un diabète, une maladie auto-immune ou la prise d'immunosuppresseurs, qui peuvent avoir une incidence sur la flore vaginale;
  • La prise d'antibiotiques;
  • La génétique (présence de protéines de surface particulières);
  • Les hormones (incluant la grossesse, période où l'œstrogène est le plus élevé de toute la vie d'une femme).

Les facteurs moins concluants, mais tout de même surveillés

  • Une femme active sexuellement;
  • Une contraception combinée (sans lien avec le stérilet);
  • L'utilisation d'un dispositif vaginal (par exemple un diaphragme).

Le diagnostic de la vaginite

Pour identifier une infection à levures, on peut effectuer un prélèvement de la paroi vaginale à l'aide d'un coton-tige, afin de recueillir un échantillon de sécrétions vaginales aux fins d'analyse.

En période postnatale, il demeure approprié de surveiller une possible infection à levures. Le déséquilibre hormonal persiste quelques semaines après l'accouchement. De plus, la prise d'antibiotiques durant le travail ou après la naissance favorise elle aussi l'apparition d'une vaginite chez la nouvelle mère.

Les symptômes

Environ 20 % des femmes atteintes sont asymptomatiques. Lorsque des symptômes sont présents, ils peuvent inclure :

  • Des pertes vaginales épaisses, blanches à jaunâtres, en grains, en mottes ou granuleuses;
  • Une sensation de picotement ou de démangeaison, modérée à importante;
  • Une rougeur ou une enflure de la vulve et de la muqueuse vaginale;
  • Une douleur en urinant;
  • Une douleur accrue lors des relations sexuelles.

Les traitements

Il est difficile d'éliminer complètement l'infection à levures pendant la grossesse, puisque les hormones fluctuent tout au long de la gestation. L'objectif demeure de soulager le plus possible la femme enceinte de ses symptômes désagréables.

Les recommandations de la SOGC suggèrent de traiter la vaginite durant la grossesse et en postnatal uniquement en présence de symptômes, avec un antifongique. Un professionnel de la santé peut recommander une crème en application externe ainsi que des ovules intravaginaux pendant au moins 7 jours, comme traitement sans prescription médicale, en toute sécurité pour la femme enceinte et la nouvelle mère qui allaite. Un traitement antifongique en 3 doses est également possible durant la grossesse. Certaines femmes recevront une recommandation médicale de maintenance, sur une plus longue durée, selon leur historique médical.

Environ 80 % des femmes enceintes traitées constatent une amélioration marquée de leurs symptômes.

La prévention

  • Éviter une humidité prolongée dans la culotte, en la changeant souvent au besoin;
  • Privilégier les sous-vêtements en coton ou en fibres naturelles (la viscose de bambou n'est pas une fibre naturelle);
  • En cas d'utilisation d'un protège-dessous ou de serviettes hygiéniques, les changer souvent et, au besoin, changer de marque si des signes d'infection apparaissent, car ils peuvent résulter d'une réaction chimique entre les composantes de la protection et les pertes vaginales;
  • Ajouter du jus de canneberge à son alimentation;
  • Cesser l'utilisation de lubrifiant durant une période, afin de confirmer qu'il n'est pas en cause.

La vaginose bactérienne

La vaginose est une infection vaginale causée par une contamination bactérienne. Elle peut entraîner davantage de conséquences durant la grossesse. Il s'agit de la deuxième cause d'infections vaginales, après le champignon Candida albicans.

De 10 à 30 % des femmes enceintes seront touchées par une vaginose, comparativement à 10 % des femmes en général. Le diagnostic se pose lui aussi par prélèvement des sécrétions vaginales. Le pH vaginal est plus alcalin lors d'une vaginose (supérieur à 4,5), mais c'est souvent l'odeur qui oriente le diagnostic, sans qu'il soit nécessaire d'entreprendre d'autres démarches pour envisager un traitement. Au besoin seulement, un prélèvement des sécrétions vaginales (frottis) peut aussi être réalisé.

Les risques de la vaginose durant la grossesse et en période postnatale

La vaginose bactérienne peut être responsable, durant la grossesse et après l'accouchement :

  • D'une rupture prématurée des membranes;
  • D'un travail et d'un accouchement prématurés;
  • D'une infection du liquide amniotique;
  • En postnatal, d'une infection de l'utérus (endométrite), plus particulièrement après une césarienne.

La vaginose bactérienne n'est donc pas banale. Elle peut avoir un impact important sur la santé des femmes enceintes, des nouvelles mères et de leur bébé. Il est important d'en reconnaître les symptômes et de les signaler à son médecin, afin d'être traitée au besoin et au bon moment, et d'éviter les répercussions possibles sur l'issue de la grossesse ou les infections en postnatal.

Ce qui prédispose à la vaginose bactérienne

La flore vaginale est très sensible; plusieurs facteurs peuvent déséquilibrer les micro-organismes et causer une vaginose bactérienne, dont :

  • Une femme active sexuellement;
  • Une co-infection avec une ITSS;
  • Le déséquilibre du pH vaginal;
  • L'usage du tabac;
  • Une diète riche en gras et pauvre en folate, en calcium et en vitamine E.

Contrairement à la vaginite, la vaginose n'a pas de lien avec le diabète, la génétique, certaines maladies auto-immunes ou la prise d'immunosuppresseurs.

Les symptômes

Environ 50 % des femmes atteintes sont asymptomatiques. Lorsqu'ils sont présents, les symptômes peuvent inclure :

  • Des pertes vaginales abondantes, adhérentes, fines, blanches ou grises;
  • Une odeur de poisson;
  • Peu ou pas de démangeaisons.

Le traitement

Actuellement, le traitement de la vaginose bactérienne n'est indiqué que pour les femmes symptomatiques, au moyen d'une antibiothérapie appropriée. En complément, la prise de probiotiques peut être proposée pour soutenir la défense naturelle de l'intestin, grâce aux lactobacilles.

En résumé

  • Les infections vaginales sont plus susceptibles de se produire lorsque le pH vaginal est déséquilibré.
  • La variation du milieu vaginal altère la défense naturelle en diminuant les bonnes bactéries de la zone uro-génitale, comme les lactobacilles (probiotiques), qui contribuent à prévenir les infections de la période périnatale, dont la vaginose.
  • Plus la femme possède un microbiote intestinal et uro-génital sain, plus son bébé en profite à son tour lors de l'accouchement, grâce à la transmission naturelle de bonnes bactéries à la naissance.

Bon à savoir

Toute infection traitée par antibiotiques peut perturber l'équilibre précaire du microbiote intestinal. Fragilisé, celui-ci n'assure plus pleinement sa fonction immunitaire. Les antibiotiques s'attaquent non seulement aux mauvaises bactéries, mais aussi aux bonnes, ce qui réduit la capacité naturelle de l'organisme à se défendre contre d'autres envahisseurs. On traite une infection, mais on rend du même coup l'organisme plus vulnérable, d'où l'importance des mesures préventives.

Dans cette logique, prendre un apport supplémentaire de probiotiques dès la grossesse pourrait réduire, voire prévenir, l'incidence des vaginites et des vaginoses tout au long de la gestation et en postnatal. Plutôt que d'attendre l'infection pour réagir, il est possible d'agir en amont, en prévention.

Pour cela, on peut privilégier des aliments riches en probiotiques, comme le kéfir, les produits laitiers, le soja fermenté ou la choucroute. L'objectif est de favoriser la colonisation du milieu uro-génital par de bonnes bactéries protectrices, de garder le pH vaginal le plus normal possible et de prévenir les symptômes désagréables chez la future ou la nouvelle mère.

Au final, la prise de probiotiques peut aider à prévenir les infections vaginales fréquentes et récurrentes que sont la vaginite et la vaginose.

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